Le gouvernement britannique a discrètement annoncé la semaine dernière ce qui pourrait être l'un des bouleversements les plus importants de ces dernières années en matière de réglementation professionnelle, avec la nouvelle que la Financial Conduct Authority (FCA) prendra bientôt en charge la supervision de la lutte contre le blanchiment d'argent (AML) et le financement du terrorisme pour les cabinets d'avocats, les cabinets comptables et les prestataires de services aux entreprises.
Si cette mesure est mise en œuvre comme prévu, elle remplacera 23 organismes de réglementation et organismes professionnels distincts par une autorité centrale unique, ce qui pourrait mettre fin à l'ère de l'autorégulation en matière de conformité AML dans le monde juridique et comptable.
Sur le papier, ce changement semble logique. La FCA supervise déjà le secteur des services financiers, en adoptant une approche fondée sur les données et les risques qui s'est avérée très efficace pour identifier les faiblesses systémiques. Ainsi, selon le Trésor britannique, le regroupement de la supervision sous un même toit permettra de réduire les incohérences et de renforcer les défenses du Royaume-Uni contre les activités financières illicites. Mais dans la pratique, cette réforme pourrait transformer la manière dont la conformité est gérée dans les cabinets d'avocats et d'experts-comptables, et je ne suis pas tout à fait sûr que tout le monde soit convaincu que la transition se fera en douceur.
Pendant des décennies, l'autorégulation professionnelle s'est appuyée sur les principes de confiance, de proportionnalité et de jugement professionnel. La FCA, en revanche, est un organisme de réglementation axé sur les règles. Elle exige des rapports structurés, une surveillance démontrable et des preuves vérifiables.
Pour les cabinets d'avocats, cela impliquera un changement fondamental, car dans l'ensemble, les avocats sont habitués à la surveillance de la Solicitors Regulation Authority (SRA), qui comprend les nuances du secret professionnel, de la confidentialité des clients et de la relation avocat-client. On peut s'attendre à ce que la FCA adopte une approche plus large et plus formelle, qui pourrait nécessiter des fonctions de direction (où elle attribue des responsabilités spécifiques en matière de conformité à des personnes désignées dans le cadre de son régime de certification et de gestion des cadres supérieurs (SMCR)), une documentation explicite des contrôles AML (où elle attend des cabinets qu'ils conservent des registres détaillés et vérifiables montrant comment les risques AML sont identifiés et atténués) et des preuves de la responsabilité au niveau du conseil d'administration. Cela signifie que les cadres supérieurs et les conseils d'administration devront s'impliquer directement dans la surveillance de la lutte contre le blanchiment d'argent.
Ce changement à lui seul mettra à l'épreuve les structures de gouvernance de nombreuses entreprises qui se sont historiquement appuyées sur la discrétion professionnelle plutôt que sur les prescriptions réglementaires.
Comment les attributions de la FCA s'aligneront-elles sur la loi sur la criminalité économique et la transparence des entreprises (ECCTA), qui a récemment élargi les pouvoirs de la SRA en matière d'amendes pour les crimes économiques ? Si la surveillance de la lutte contre le blanchiment d'argent n'est plus assurée par la SRA, comment ces pouvoirs seront-ils désormais exercés ?
Les comptables ne semblent pas plus rassurés par cette évolution. Beaucoup craignent que le style de supervision de la FCA soit plus bureaucratique, moins flexible et considérablement plus exigeant que la surveillance collaborative dont ils bénéficiaient jusqu'à présent de la part d'organismes professionnels tels que l'ICAEW et l'ACCA.
Les petits cabinets pourraient voir leurs coûts de mise en conformité augmenter et leur charge administrative s'alourdir, passant plus de temps à documenter qu'à fournir des services à leurs clients. L'ampleur des nouvelles responsabilités de la FCA suscite également des inquiétudes : environ 60 000 cabinets dans les domaines juridique, comptable et des services aux entreprises. Reste à voir si elle sera en mesure de gérer efficacement et proportionnellement un tel volume.
Revenons à ma profession... À quoi les responsables de la conformité doivent-ils se préparer dès maintenant ?
Avant même que la date de transition ne soit confirmée, les cabinets d'avocats et d'experts-comptables devraient se préparer à un monde où la documentation, la gouvernance et la responsabilité individuelle occuperont une place centrale. Les responsables de la conformité devraient commencer à revoir les cadres internes, à définir les responsabilités en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et à s'assurer que les rôles de leur responsable du signalement des opérations suspectes (MLRO) et de leur responsable de la conformité en matière de lutte contre le blanchiment d'argent (MLCO) sont clairement définis. Si, comme prévu, la FCA attribue ces fonctions à la haute direction (SMF), elles pourraient bientôt nécessiter une autorisation officielle et être soumises à une responsabilité personnelle en vertu des règles de conduite de la FCA.
Je considère qu'il s'agit là de bien plus qu'une simple mise à jour en matière de conformité, mais plutôt d'une évolution de la gouvernance. Vous m'avez entendu le répéter à maintes reprises : les cabinets qui investissent tôt dans des systèmes, la surveillance et des formations nouvelles et adaptatives en matière de conformité s'adapteront plus facilement. Celles qui considèrent ces changements comme une simple formalité pourraient avoir du mal à répondre aux attentes des régulateurs une fois le nouveau régime en place.
Cette réforme annonce un changement plus large dans la façon dont les services professionnels sont perçus par le gouvernement. Pour les professionnels de la conformité, cela signifie qu'ils doivent développer le même état d'esprit et les mêmes compétences qu'ils ont perfectionnés pendant des années, à savoir une évaluation des risques fondée sur les données, une gouvernance interfonctionnelle et une responsabilité fondée sur des preuves.
La prise de contrôle par la FCA pourrait bien conduire à des contrôles AML plus stricts et plus cohérents. Mais elle exigera également un nouveau type de leadership en matière de conformité.